Plus beaux souvenirs de bivouac

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gillesf
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Plus beaux souvenirs de bivouac

#1

Message par gillesf »

Il y a quelques jours, mon fils m'a demandé quel était mon plus beau souvenir de bivouac. En lui répondant, j'ai réalisé que le lieu ne faisait pas tout :

"C’était en Libye, en février 2000. Ta sœur avait tout juste 6 ans et toi 10. Il s’agissait de notre tout premier voyage dans ce pays, totalement hors-piste et sans l’aide d’une quelconque organisation. Le pays s’ouvrait à peine aux étrangers, et cristallisait bien des fantasmes et idées reçues négatives.

Depuis votre plus jeune âge, nous vous avions toujours emmené à la découverte de la planète et de ceux qui la peuple lors de précédents voyages, y compris dans des régions désertiques du Maghreb. Mais jamais aussi loin, hors-piste, dans un pays sur lequel il était difficile d’avoir des informations fiables. Alors bien sûr, nous nous posions des questions.

Plus que d’habitude, les mises en garde n’avaient pas manqué de la part de gens qui connaissaient quelqu’un qui connaissait quelqu’un…. Qui n’y était jamais allé lui-même, ou qui avait lu et entendu les pires horreurs. A les écouter le désert était déjà en lui-même une pure folie, peuplé de brigands prêts à trucider les infidèles, d’animaux dangereux, les dunes et sables mouvants allaient engloutir nos autos, nous allions mourir de soif dans des tempêtes de sable ,… alors en plus avec des jeunes enfants !

Mais les rares images de l’Akakus, des dunes du Murzuk, ou encore des lacs de l’Oubari qui commençaient à circuler parmi les rares vrais sahariens, ainsi que nos précédentes expériences de voyages avec vous, ont été plus fort que ces mises en garde.

Malgré cela, en tant que parents, nous nous posions tout de même des questions :

- Avions nous raison de vous imposer notre soif de voyages et de découvertes dans un confort qui semblait très relatif ?
- Les risques potentiels que nous pourrions vous faire partager étaient-ils bien maîtrisés ?
- Est-ce que vraiment vous alliez y prendre du plaisir, qu’en retireriez-vous ?
- Notre organisation et notre rythme seraient-ils adaptés à vos besoins, votre sécurité, et au plaisir de tous ?

Tous les doutes ont été totalement et définitivement levés au bout d’une dizaine de jours.

Toute la journée, le guide touareg que nous avions pris à Serdeles pour visiter le Parc de l’Akakus, nous avait fait découvrir des peintures rupestres, le camp et la zériba où vivait sa famille, des enfants de nomades qui gardaient quelques chèvres, un puit caché sous une tôle recouverte de sable… Ce soir-là, il avait confectionné une silhouette de touareg à partir d’un piquet de tente et d’un chech pour vous faire rire. Et pendant qu’il préparait le thé et le pain des sables, assis par terre autour du feu de camp, je voyais dans vos yeux brillants qui ne perdaient pas une miette de tout ce qu’il faisait, le plaisir de la découverte de l’autre, de ses différences, de sa culture, le bonheur de savourer l’instant présent, l’ouverture sur le monde et les autres. Vous étiez bien et heureux.

Je ne savais pas encore si ces moments vous marqueraient autant que moi, et comment. Mais une chose était certaine, je m’en serais voulu de ne pas vous avoir offert ces opportunités de bonheur, de découverte du monde. Je m’en serais voulu de ne pas les avoir partagés avec vous. Dès lors, plus aucun regret ou questionnement : vous étiez bien à votre place. Et je n’ai aucun doute qu’il en sera de même pour vos enfants.

Je sais que cela a contribué à faire de vous les adultes que vous êtes, et je suis fier que la transmission à notre petit fils soit déjà en cours. "
Un Toyota, une cellule, et bientôt le temps de les emmener découvrir le monde à mon gré.
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