D’ailleurs, lorsque je prépare un voyage, j’enregistre dans mon GPS des points d’intérêt, ou les grands changements de direction, pas de traces. Et une fois sur le terrain j’essaie de rallier ces points en fonction de ce que vois. Et si j’ai un doute, je choisis le plus souvent le chemin le mieux marqué sur le sol, celui qui est le plus utilisé par les locaux. Et il m’arrive ainsi parfois de devoir faire demi-tour, mais aussi souvent de faire d’agréables découvertes.
Outre la facilité, rarement avouée, j’ai le plus souvent le commentaire suivant de la part de ceux qui utilisent les traces mises en lignes, communiquées ou vendues par d’autres : « c’est plus rassurant avec mon gros véhicule, ou mon manque d’expérience, de savoir que je n’aurais pas à faire demi-tour, ou des centaines de mètres en marche arrière, parce que cela passera à coup sûr, et que la piste débouche bien ».
Je vais donc vous rapporter ce qui m’est personnellement arrivé le mois dernier, lié à ce que j’appels le « syndrome de la trace » :
En 2017 et 2018 j’ai emprunté une large piste, récente, parfaitement roulante et entretenue dans les contreforts de l’atlas, ouverte à coups de bulldozer pour poser des antennes relais, un peu comme les pistes techniques qui relient les éoliennes sur les crètes, avec de nombreux points de bivouac possibles. Entre 53’’ et 1’13’’ sur la vidéo de 2018.
Cette année notre parcours prévoit de repasser par cette même piste, mais dans l’autre sens. Au moment de l’aborder nous sommes en fin de journée, le ciel est chargé mais la présence de ces accueillants sites bivouacs à quelques kilomètres, et le souvenir de cette piste facile déjà empruntée trois fois par le passé me rassurent : dans une vingtaine de minutes on va pouvoir se poser pour la nuit. En plus j’ai la trace de mes précédents passages bien visibles sur mon GPS. Certes les derniers kilomètres qui précèdent sont maintenant bitumés et le tracé du goudron parfois légèrement différent de ma trace de l’époque mais rien de bien grave.
Et lorsqu’on bifurque et quitte le goudron pour attaquer ces derniers kilomètres de piste avant la pause du soir, nous sommes en totale confiance pour la suite de évènements et l’apéro qui ne devrait plus tarder ! Le moral au beau fixe pour tous : on est passé à travers les orages aujourd’hui, les pistes et les paysages d’altitude ont été sympas, et le dernier petit col à franchir n’est vraiment pas bien haut et à portée de vue.
Quelques centaines de mètres plus loin, lorsque qu’un gros rocher nous barre le chemin, nous n’avons absolument aucune hésitation à le contourner : je connais cette piste j’y suis déjà passé 3 fois et sur mon GPS j’ai même LA TRACE, MA trace. Fort de cette trace, je me sens en totale confiance, je ne doute pas une seule seconde que ça va rouler « facile », que la piste débouche bien là où je veux et que nous aurons rejoint un super bivouac dans quelques dizaines de minutes.
La réalité du terrain, c’est ce qui se passe dans notre dernière vidéo entre 39’38’’ et 43’45’’.
La réalité de ce qui s’est passé dans mon esprit, c’est qu’accroché à cette trace qui « rassure », je suis totalement passé a côté d’informations évidentes que j’ai totalement négligé : la piste précédente goudronnée qui n’impose plus aux locaux de continuer à utiliser cette piste, le rocher énorme qui a été mis là avec de gros moyens pour en barrer l’accès, les premières grosses ravines qui apparaissent très rapidement dès que la piste commence à grimper, et enfin le ciel qui se charge à vue d’œil pour l’incontournable orage du soir.
Ma conclusion, une trace GPS n’est l’assurance rien. Ce n’est qu’une indication qui peut être périmée. Elle a tendance nous faire baisser la garde, et à insister bêtement pour la suivre.
